« L’indexation est amputée des économies réalisées sur la médecine spécialisée hospitalière »

Gilbert Bejjani, président de l’Absym Bruxelles – Union des médecins, se dit satisfait de la conclusion de l’accord médico-mutualiste 2026. Il salue le maintien de l’indexation linéaire des honoraires ainsi que l’intégration, dans la réflexion globale, des principes du Value-Based Healthcare et de la nécessité d’être efficient. 

« L’indexation est amputée des économies réalisées sur la médecine spécialisée hospitalière »
2025-12-22

« Dans un système de santé confronté à des ressources limitées et à des besoins croissants, l’efficience et l’efficacité́ ne sont plus une option mais un impératif. Il ne s’agit pas seulement de réduire les coûts, mais de garantir que chaque intervention apporte une réelle valeur ajoutée pour le patient. C’est notamment l’objectif du Value-Based Healthcare : organiser les soins autour des résultats qui comptent pour le patient, en mesurant ces résultats et en alignant les incitants pour améliorer la qualité́ tout en évitant les dépenses inutiles, y compris les dépenses administratives”, peut-on lire dans le premier paragraphe (1.1) de l’accord médico-mut 2026. Cette importance de l’utilisation rationnelle des moyens est un des combats du Dr Bejjani qui salue ce positionnement affiché. « Il sera essentiel de trouver de « nouvelles modalités » de travail, avec plus d’efficience et moins de volume, si on veut revaloriser la valeur des prestations. Tel quel, il est clair que les valeurs des prestations dans la nouvelle nomenclature seraient au mieux égales si pas inférieures à ce qui existe actuellement», soutient le Dr Bejjani.

Il rappelle au passage l’orientation générale prise par l’ABSyM Bruxelles pour soutenir la revalorisation des prestations et le soutien de mesures « transversales » qui bénéficient au plus grand nombre et le plus possible au prestataire directement. En exemple, une belle réussite, au travers du débat qui a abouti à l’AR de 2023 relatif à l’encadrement des prélèvements sur les honoraires. Dans un avenir proche, avec le risque de limitation sur les suppléments « dans le secteur des soins remboursés », l’ABSyM Bruxelles proposera des modifications aux dispositions légales pour avoir un cadre de liberté de fixation d’honoraires entre les médecins et son patient, en dehors du système de remboursement (comme le Secteur 3 en France)

L’ABSyM est satisfaite du retrait des références au projet de Loi cadre et à l’ouverture vers un peu de liberté au travers de la réforme dans le cadre de l’article 35/4 et 15/2 (point 5 de l’accord). « C’était un combat de fond. La valeur de certaines prestations, notamment les plus petites, ne couvrait plus les frais « inclus » dans l’honoraire. Pour une partie d’entre elles, cela pourrait être facturé en plus de l’honoraire avec le fameux « pseudocode », explique le Dr Bejjani. « Il y aura lieu aussi d’examiner quelles interventions peuvent être réalisées en dehors de l’hôpital, mais l’accord précise, « à condition que l’accessibilité, la sécurité et la qualité des soins pour le patient soient garanties » : mais il ne devra pas y avoir de cherry picking. ».

“L’accord maintient l’indexation des honoraires, ce qui est une bonne nouvelle pour le corps médical et c’était une exigence absolue de ma part compte-tenu de la non-linéarité des économies de 62 et 150 millions d’euros”, soutient le Dr Bejjani. En effet, le nouvel accord prévoit une masse d’indexation des honoraires pour l’année 2026 de 354, 5 millions d’euros soit une augmentation de 2,72 % par rapport à 2025. Un bémol quand même : « Cette indexation est de fait amputée des économies réalisées sur les secteurs touchés, essentiellement la médecine spécialisée hospitalière » rajoute-t-il. Il est en effet plus que temps de réformer la nomenclature ou d’oser des corrections en faveur des prestations peu valorisées. Si la réforme traine, il faudra revenir à une indexation non-linéaire, en soutien aux prestations « cliniques » des médecins.

Réfléchir à la permanence

Le Dr Gilbert Bejjani salue également la revalorisation des honoraires de permanence intra-muros en pédiatrie. Il estime néanmoins qu’il faut une réflexion transversale centrée sur la reconnaissance de la permanence (les gardes) et de l’astreinte des disponibilités hospitalières, et une valorisation correcte quelle que soit la spécialité concernée (lire à ce sujet cet article). « Cela fait plus que 6 ans que l’ABSyM Bruxelles le demande, et cela n’est pas pris en compte. Entretemps énormément de spécialistes fuient les hopitaux. Il faudra aussi revaloriser les prestations cliniques dans toutes les spécialités, pour les « âges extrêmes », pour nos patients les plus jeunes et les plus âgés. »

L’anesthésiste pointe également la valorisation du travail "invisible". En médecine générale, un budget de 42,5 millions d’euros est prévu en 2027 pour financer les contacts non physiques (téléphone, avis, gestion de dossier), dont une première tranche de 21 millions dès 2026 via la prime de pratique intégrée. En médecine spécialisée, un montant de 7 millions d’euros est réservé pour financer les avis à distance entre prestataires. « Ces mesures « transversales » ont également toujours figurés dans les priorités de l’Union des Médecins », souligne le président.

Source : le spécialiste®